Alexis ROSENFELD

Ses premières plongées, Alexis Rosenfeld les fait tout jeune, à Paris, lové près de sa grand-mère dans son canapé. Il jubile tous les dimanches après-midi, devant le petit écran, en découvrant un nouvel épisode de l’Odyssée sous-marine du Commandant Cousteau. Quinze ans plus tard, il embarque avec Jacques-Yves Cousteau et son équipe. « Bonjour Alexis, j’ai compris que nous allions ensemble à Madagascar », lui confirme le fameux JYC en lui serrant la main lors de leur premier rendez-vous. Alexis Rosenfeld n’est pas devenu plongeur à bord de la Calypso, comme il en rêvait enfant, mais photographe de presse, spécialiste des reportages sous-marins. Et il couvre alors, en exclusivité pour Le Figaro magazine, la dernière mission en mer du Commandant. « J’ai passé trois semaines à bord du navire d’expédition l’Alcyone, avec le plus merveilleux des guides », se souvient-il toujours ému.
Partir à la recherche des mondes inexplorés, vivre l’aventure et découvrir l’inaccessible ont tracé son chemin de vie. Dans l’eau, il se sent chez lui, dès sa toute première immersion en Méditerranée. Il a onze ans et, quand il perce la surface, se dit à lui-même : « Il faut que j’y retourne ». Par dérogation, il devient à 17 ans en France le plus jeune moniteur d’Etat de plongée sous-marine. Les deux étés suivants, au Parc national de Port Cros, il encadre des plongeurs à l’UCPA. « Je partageais ma passion tout en guettant les opportunités d’aventures dans les magazines de plongées ». Il se fait ainsi engager comme plongeur assistant lumière sur un tournage à Cassis. En écho au film de Luc Besson Le Grand Bleu, Canal+ tourne Jacques, le dauphin, la première émission sous-marine en direct, avec Jacques Mayol en apnée profonde.
Les abysses l’attirent… Alexis Rosenfeld devient scaphandrier. Il travaille sur des chantiers de travaux publics et en milieux hostiles. Il plonge notamment dans les piscines des centrales nucléaires pour le groupe marseillais Comex, l’inventeur de la plongée industrielle : « J’ai eu la chance de rencontrer de grands hommes qui m’ont accompagné, comme le fondateur de Comex, Henri-Germain Delauze. Il était un pionnier et un passionné d’archéologie. En amis, nous avons partagé mille aventures ; j’ai appris de lui l’audace et à surtout ne pas avoir peur des échecs ».
Sur les chantiers sous-marins de Comex, il s’occupe de la partie photo et vidéo. En autodidacte, il réalise ses premières images sous-marines en Méditerranée, pour le magazine Océans. Il comprend le pouvoir des images et que « le reportage peut être un outil génial pour vivre mes aventures, voyager, aller dans des endroits peu accessibles, voire interdits. Bref, accéder à mes rêves ». Avec son audace, beaucoup de portes s’ouvrent à lui. Dont celles du cercle très fermé, le staff des photographes du Figaro magazine. Il signe des dizaines de reportages réalisés à travers le monde, en commande ou à son initiative, avant de fonder en 1998 sa propre agence photo, Photocéans. Alexis Rosenfeld surprend en montrant des rencontres animalières jamais photographiées, et en racontant en photo des histoires humaines exceptionnelles.
Ainsi, il embarque à bord d’un sous-marin nucléaire français pour assister aux exercices d’évacuation des sous-mariniers, et aux entrainements en cas d’incendie, ou de voie d’eau par 300 mètres de fond. En 2000, il s’engage dans la recherche de l’épave de l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry, abîmé en mer le 31 juillet 1944. Pendant quatre ans, aux côtés de Luc Vanrell, il cumule des dizaines de plongées profondes, respirant un mélange Trimix pour descendre en autonomie au-delà de 100 mètres. Avec la complicité Henri-Germain Delauze, les sonars et les robots sous-marins de la Comex, Alexis Rosenfeld complète les fouilles, participe à l’identification des vestiges du P38 Lightning, à l’enquête historique et, bien sûr, à la médiatisation internationale de cette découverte.
Il contribue à publier « Saint-Ex, la fin du mystère » qui relate cette aventure de quatre ans. Des livres et des expositions suivront, notamment en collaboration avec Nausicaa, le centre national de la mer. Car ses photos touchent tous les publics. Elles donnent à voir la puissance, la grâce et la vulnérabilité de la vie sous-marine : sa rencontre périlleuse avec les requins blancs d’Afrique du Sud, celles majestueuses avec les baleines à bosse de Polynésie et les femelles cachalot de l’Ile Maurice quand elles allaitent en pleine eau. Ou encore, quand en Mer Rouge il photographie de jeunes dauphins à longs becs ventre à ventre avec leurs mères. « Le regard animalier me donne une autre approche. Je fais partie de cette nature et je ressens le bon moment pour me mettre dans l’eau, celui où il va se passer quelque chose. Je lis les animaux. Et je peux partager cela en emmenant avec moi des personnes pour les découvrir, les rencontrer », confie le photographe. Alexis Rosenfeld poursuit sa démarche documentaire à travers des projets éditoriaux plurimédia. Sa passion sous-marine est intacte depuis près de quarante ans. Il aime toujours se mettre à l’eau, même sans appareil photo.

Alexie Valois, journaliste.

France
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